Pétain, héros ou traitre ? La polémique…

Publié le 14 novembre 2018 8:25

La polémique bat son plein après l’intervention d’Emmanuel Macron au sujet de la commémoration aux Invalides du Maréchal Pétain. Les plateaux de télévision organisent des débats des plus intéressants. Une infobésité pour la plupart d’entre nous, qui a tendance à ne retenir qu’une chose. Pétain est le héros de la Première Guerre, le chat noir de la seconde. Alors faut-il oui ou non prendre en compte la carrière globale de l’homme ? Ou faut-il occulter la première partie de la carrière du militaire, beaucoup trop noircie par la seconde ?

La phrase malheureuse

La phrase de Macron à Charleville-Mézières a déchainé les passions. « Le maréchal Pétain a été pendant la Première Guerre mondiale un grand soldat » même « s’il a conduit à des choix funestes pendant la Seconde ».

De Gaulle avait été le premier à s’exprimer : « si par malheur…l’usure de l’âge mena le Maréchal Pétain à des défaillances condamnables, la gloire qu’il acquit à Verdun… ne saurait être contestée ni méconnue par la Patrie.

Mitterrand soulignait « le cas atypique des contradictions de l’Histoire… La gloire de Verdun ne peut pas être oubliée, et d’autre part, la honte de 1942 ne peut pas l’être davantage ».

Chirac est plus condensé. Il affirme « qu’hélas, en juin 1940, le même homme, parvenu à l’hiver de sa vie, couvrira de sa gloire le choix funeste de l’armistice et le déshonneur de la collaboration ».

Sarkozy, pour finir, parlait d’un « vieux maréchal qui s’était couvert de gloire à Verdun et qui allait se couvrir de honte à Vichy ».

Seul Hollande avait toujours refusé de prononcer le nom de Pétain. Il a d’ailleurs condamné la déclaration de Macron dans un tweet. « L’histoire n’isole pas une étape, même glorieuse d’un parcours militaire. Elle juge… la collaboration et la déportation de milliers de juifs de France. »

La polémique

L’étymologie du mot polémique vient du grec ancien polemikos, dérivé de polemos, guerre. Le débat n’est plus de mise. On choisit son camp. Et on tire sur l’autre à bout portant. Avec les réseaux sociaux, la mise à feu est facilitée, sous le couvert de l’anonymat. Le public a un avis sur tout et il s’est transformé de consommateur de l’information en consommacteur. Le pouvoir de s’exprimer lui donne des ailes.

Les journalistes qui hier encore passaient leur temps à temporiser la gauche et la droite n’ont plus d’autres choix que d’entrer dans la danse. Une concurrence s’est même installée entre les réseaux sociaux et la presse. La presse qui se défend toujours de relater les faits et de favoriser la démocratie en mettant sur le devant de la scène les débats les plus intéressants. Ou les plus en vogue. Ou les plus pourvoyeurs d’audimat.

Se faire sa propre idée

Alors, qui était Pétain ? Une personnalité complexe ? Un séducteur redoutable ? Un sportif de très bon niveau ? Un militaire stratège, un antisémite ? Bénédicte Vergez-Chaignon, dans une biographie superbement documentée nous laisse croire avec brio qu’il puisse y avoir dans le cœur d’un grand homme autant de pourriture que de bravoure. Prix de la biographie du Point et Grand Prix de la biographie politique, son livre ne répond à aucune polémique mais instruit tous ceux qui ont envie de se faire une opinion. La leur.